AFEST : l'action de formation en situation de travail, mode d'emploi Qualiopi
Un salarié qui apprend un geste professionnel aux côtés d’un collègue expérimenté, sans qu’aucune trace écrite ne documente la démarche, ne fait pas de l’AFEST : il fait du compagnonnage informel, non finançable et non recevable en audit Qualiopi. L’action de formation en situation de travail est une modalité à part entière, reconnue par la loi depuis 2018, mais son cadre exige une rigueur d’ingénierie souvent sous-estimée par les organismes qui découvrent le dispositif.
Ce que dit la loi
La loi « Avenir professionnel » du 5 septembre 2018 a inscrit l’AFEST dans l’article L6313-2 du Code du travail comme une modalité reconnue d’action de formation, au même titre que le présentiel ou la formation à distance. Elle rompt avec la séparation historique entre lieu de travail et lieu de formation : l’apprentissage se fait directement dans l’exercice de l’activité professionnelle, mais encadré par une ingénierie pédagogique formalisée.
Cette reconnaissance juridique a un effet direct sur la certification : une AFEST conçue ou accompagnée par un organisme de formation entre pleinement dans le champ d’un audit Qualiopi, au même titre qu’une formation en salle ou à distance — voir notre article sur les obligations de la formation à distance (FOAD) pour la logique équivalente côté distanciel.
L’ingénierie AFEST en quatre temps
- Analyse de l’activité de travail réel. Avant de concevoir quoi que ce soit, il faut observer et décomposer les situations de travail qui portent un potentiel d’apprentissage, avec les compétences visées explicitement identifiées.
- Adaptation ou aménagement de la situation de travail à des fins pédagogiques : ralentissement du rythme, exposition à des cas volontairement variés, retrait ponctuel de certaines contraintes de production.
- Mise en situation de travail, encadrée par un formateur-accompagnateur qui observe et intervient si besoin.
- Séquences réflexives, distinctes de la mise en situation elle-même : un temps dédié où le bénéficiaire revient sur ce qu’il vient de faire, avec l’accompagnateur, pour objectiver les apprentissages réalisés et ce qui reste à consolider.
C’est ce quatrième temps qui distingue le plus nettement l’AFEST de la simple formation sur le tas : sans séquence réflexive organisée et tracée, il n’y a pas d’AFEST au sens du référentiel.
Une modalité étudiée par la recherche en sciences de l’éducation
L’AFEST a fait l’objet de travaux de recherche en France, notamment autour des apports de la didactique professionnelle. Une étude d’Anne-Lise Ulmann et Béatrice Delay, publiée en 2024 dans la revue TransFormations (« L’action de formation en situation de travail (Afest) : révélateur troublant d’une nouvelle épistémologie de la formation ? »), analyse en quoi l’AFEST bouscule les repères classiques de l’ingénierie de formation en valorisant l’analyse de l’activité comme matière première de l’apprentissage plutôt que le contenu transmis a priori (lire l’article sur TransFormations). Ces travaux confirment que la qualité d’une AFEST repose moins sur le support pédagogique que sur la capacité du formateur-accompagnateur à organiser une véritable réflexivité sur l’activité vécue.
Les preuves attendues à l’audit Qualiopi
| Étape | Preuve attendue |
|---|---|
| Analyse de l’activité | Compte rendu d’analyse des situations de travail retenues et des compétences visées |
| Ingénierie pédagogique | Document formalisant les séquences de mise en situation et les séquences réflexives |
| Réalisation | Traces de présence, comptes rendus des séquences réflexives datés |
| Évaluation | Grille d’évaluation des compétences développées, en cohérence avec les objectifs opérationnels fixés en amont |
L’indicateur 28 du Référentiel National Qualité, consacré à la « formation en situation de travail et alternance », est le point d’entrée direct pour l’auditeur qui évalue une AFEST. Il se combine souvent avec l’indicateur 21 sur les compétences des intervenants : un formateur-accompagnateur d’AFEST doit démontrer une compétence spécifique à l’analyse de l’activité, distincte de la seule expertise métier.
Financement et conditions administratives
Une AFEST se finance comme n’importe quelle action de formation classique — plan de développement des compétences, OPCO, FNE-Formation selon les dispositifs en vigueur — à condition qu’elle soit correctement formalisée dans un programme de formation conforme et une convention. L’absence de formalisation est la première cause de refus de prise en charge : un financeur ne peut valider une action qu’il ne peut pas distinguer d’un simple temps de production.
Les erreurs les plus fréquentes
- Confondre AFEST et tutorat informel : sans séquences réflexives organisées et documentées, l’action ne peut être reconnue comme une formation.
- Négliger l’analyse préalable de l’activité, qui seule permet d’identifier un réel potentiel pédagogique dans la situation de travail retenue.
- Un formateur-accompagnateur non identifié ou non formé à l’analyse de l’activité, alors que ce rôle est distinct de celui d’un simple expert métier.
- Aucune preuve écrite des séquences réflexives, qui reste l’élément le plus souvent manquant en audit.
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Questions fréquentes
+Qu'est-ce qu'une AFEST au sens légal ?
L'action de formation en situation de travail est une modalité d'action de formation reconnue par la loi Avenir professionnel de 2018 (article L6313-2 du Code du travail). Elle repose sur l'analyse de l'activité de travail réel pour en faire émerger des apprentissages, formalisés par des phases réflexives distinctes de la production.
+Une AFEST doit-elle être déclarée comme une formation classique ?
Oui. Une AFEST reste une action de formation au sens juridique : elle doit apparaître dans le programme, faire l'objet d'une convention ou d'un accord de formation, être tracée par des preuves de réalisation, et entrer dans le champ de la certification Qualiopi de l'organisme qui la conçoit ou l'accompagne.
+Qui peut mettre en œuvre une AFEST ?
L'entreprise elle-même, un organisme de formation qui l'accompagne dans l'ingénierie, ou les deux conjointement. Dans tous les cas, un formateur-accompagnateur doit être identifié pour organiser les séquences réflexives, distinctes de l'activité de production proprement dite.
+Quelle est la différence entre AFEST et simple formation sur le tas ?
La différence tient à la formalisation. La formation « sur le tas » est informelle et non tracée. L'AFEST exige une analyse préalable de l'activité, des phases réflexives explicitement organisées et distinctes du travail productif, et des preuves documentées — sans quoi elle ne peut être reconnue ni financée comme une action de formation.